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Actée à grappes noires et ménopause : que dit vraiment la science ?

Actée à grappes noires : les études se contredisent, l'EMA ne couvre que trois extraits et le lien avec le foie reste débattu. Le point sur les preuves.

Herboriste agréée (AHG)

Actée à grappes noires et ménopause : que dit vraiment la science ?
The Wellness Voyage

Les pages francophones sur l'actée à grappes noires racontent trois histoires qui semblent s'exclure : une plante dont l'usage serait « cliniquement prouvé » contre les bouffées de chaleur, des essais contre placebo sans différence significative, et des cas d'atteinte du foie qui ont conduit les autorités à la surveiller. Chacune s'appuie sur un texte réel, et aucune ne dit tout. Ce guide remet chaque position à sa place à partir des documents d'origine (Cochrane, CNGOF, EMA, ANSM, ANSES), explique ce que change le cadre français, où médicaments et compléments alimentaires suivent des règles différentes, et traite le foie avant les bénéfices, parce que c'est ce qu'il vaut mieux comprendre avant d'acheter.

En bref

Les preuves selon lesquelles l'actée à grappes noires réduit les bouffées de chaleur sont contradictoires, et l'ampleur d'un éventuel bénéfice reste incertaine. Une revue Cochrane de 2012 (16 essais, 2 027 femmes) conclut à des preuves insuffisantes, et le CNGOF et le GEMVi (2021) relèvent l'absence de différence significative avec le placebo dans les essais. Une méta-analyse de 2023, qui comptait aussi des produits associant plusieurs plantes, trouve une amélioration. L'EMA classe trois extraits précis en « usage bien établi », mais son propre rapport d'évaluation reconnaît qu'aucune étude de haute qualité n'a montré de résultat significatif sur les bouffées de chaleur.

Côté sécurité, des atteintes hépatiques ont été signalées chez des personnes prenant des produits vendus comme de l'actée à grappes noires. Le NCCIH les juge rares, mais l'EMA en classe la fréquence comme inconnue, et le rôle de la plante elle-même reste débattu. Des produits mal identifiés existent, sans qu'il soit démontré que cela explique les cas signalés. L'actée n'équivaut pas au traitement hormonal de la ménopause (THM, souvent appelé THS). Demandez l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien si vous avez une maladie du foie, prenez d'autres médicaments ou avez eu un cancer hormonodépendant ; l'usage est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement. En cas de signes d'atteinte hépatique, arrêtez la prise et consultez.

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Où en sont les grandes instances

SourceCe qu'elle conclutSur quoi elle repose
Cochrane (2012)Preuves « insuffisantes » pour soutenir l'usage16 essais, 2 027 femmes ; plante seule ; 3 essais seulement pour les bouffées de chaleur
CNGOF et GEMVi, France (2021)Pas de différence significative avec le placebo sur les bouffées vasomotrices ; extraits de phytœstrogènes non recommandés (grade B)Recommandations cliniques ; essais contre placebo (niveau de preuve 2)
Méta-analyse citée par le NCCIH (2023)Bouffées de chaleur améliorées par rapport au placebo ; pas d'amélioration significative de l'anxiété ni des symptômes dépressifs22 articles, 2 310 femmes ; actée seule ou en association
IQWiG, Allemagne (2025)Avantage sur les symptômes vasomoteurs (deux essais regroupés, certitude modérée) ; qualité de vie : résultats discordants, certitude très faible7 essais identifiés, 4 exploitables ; extraits et doses des autorisations allemandes
EMA, Union européenne (2018 ; réexamen 2025)« Usage bien établi » pour trois extraits précis (bouffées de chaleur, sueurs abondantes)Examen réglementaire fondé sur une vingtaine d'études et l'ancienneté d'usage, adopté par 20 voix sur 25 ; le rapport reconnaît qu'aucune étude de haute qualité n'a montré de résultat significatif sur les bouffées de chaleur
ANSES, France (2023)Pour les compléments : contre-indication proposée en cas de maladie du foie, des voies biliaires ou de cancer hormonodépendantAvis d'expertise ; 2 cas de nutrivigilance d'imputabilité « vraisemblable » ou « très vraisemblable »

Positions au 30 septembre 2026. Chaque ligne est détaillée, avec ses sources, dans les sections suivantes. Les passages tirés de textes anglophones ou allemands sont traduits par nos soins.

Qu'est-ce que l'actée à grappes noires, et que sait-on de son mode d'action ?

L'actée à grappes noires (Actaea racemosa, longtemps appelée Cimicifuga racemosa) est une plante nord-américaine de la famille des renonculacées ; on en utilise le rhizome et la racine. « Actée à grappes » est le nom retenu par la monographie de l'EMA, la Pharmacopée française et l'arrêté de 2014 sur les compléments alimentaires, qui ajoute « cimicaire à grappes ». « Actée à grappes noires » domine dans les fiches grand public, et « cimicifuga », ancien nom botanique, reste celui de nombreux produits. Ne la confondez pas avec les préparations homéopathiques d'Actaea racemosa (dilutions en CH), qui relèvent d'un autre régime et ne sont pas les extraits étudiés dans les essais.

On ignore comment elle pourrait agir. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) du médicament autorisé en France le dit sans détour : « Le mode d'action et les constituants pertinents pour l'amélioration de la ménopause ne sont pas connus » (base publique des médicaments). On a d'abord supposé une activité œstrogénique ; le résumé du National Cancer Institute américain la juge pourtant réfutée pour les extraits hydroalcooliques du commerce, et juge étayée l'hypothèse d'une activité sérotoninergique (NCI PDQ). Une hypothèse sur la pharmacologie ne démontre pas pourquoi la plante soulagerait les bouffées de chaleur.

Pour savoir si vos symptômes relèvent de la périménopause, voir notre guide des symptômes de la périménopause. Pour situer l'actée parmi les autres compléments, notre guide des vitamines et compléments en périménopause.

L'actée à grappes noires est-elle sans danger pour le foie ?

Dans les essais, l'actée à grappes noires est en général bien tolérée : le NCCIH indique qu'elle a été utilisée sans problème de sécurité dans des études allant jusqu'à un an, et l'EMA cite des troubles digestifs et des réactions cutanées allergiques parmi les effets rapportés. Le vrai sujet d'inquiétude, c'est le foie.

Ce que montrent les signalements

Des atteintes hépatiques, parfois très graves, ont été rapportées chez des personnes prenant des produits vendus comme de l'actée à grappes noires. LiverTox (NIH) recense plus de cinquante cas cliniquement apparents, de la simple élévation des enzymes à l'hépatite et, parfois, à l'insuffisance hépatique nécessitant une greffe ou mortelle, apparus en général 2 à 12 semaines après le début de la prise (LiverTox). Le NCCIH juge ces problèmes « rares » et écrit qu'on ignore si l'actée en était responsable.

Les autorités y ont vu un signal. En France, l'Afssaps (devenue l'ANSM) a publié le 20 juillet 2006 un communiqué faisant état de deux cas français (de la teinture mère de Cimicifuga racemosa dans un cas, un complément alimentaire dans l'autre), chez des patients qui prenaient aussi d'autres médicaments pouvant perturber le bilan hépatique. La responsabilité de la plante n'était pas « totalement établie », mais l'agence restait attentive à ce signal et recommandait d'arrêter ces produits en cas de symptômes évocateurs d'une atteinte du foie (Afssaps, 2006). L'EMA a conclu en 2007, après examen de 44 cas mal documentés, qu'il fallait y voir un signal (EMA, 2007). La monographie en vigueur range la toxicité hépatique parmi les effets « associés » à l'usage de ces produits, de fréquence inconnue, et l'évaluation périodique de sécurité européenne a recommandé de maintenir les autorisations en précisant que l'hépatotoxicité doit rester étroitement surveillée (EMA, 2025). Le rapport d'évaluation de 2018 juge que les cas rapportés depuis, même mal documentés, constituent un « signal clair de préoccupation pour la sécurité », et cite des déclarations spontanées à la base allemande de pharmacovigilance concernant des comprimés dont l'extrait déclaré correspond à la monographie, dont une jugée « probable » (score 7 sur l'échelle RUCAM) (EMA, rapport d'évaluation). Pour les compléments alimentaires, l'ANSES a relevé en 2023 deux cas de nutrivigilance d'imputabilité « vraisemblable » ou « très vraisemblable » (l'extrait lu ne précise pas leur nature), aucun avec un produit ne contenant que cette plante, l'imputabilité portant sur des produits et non sur un ingrédient. Elle juge qu'« une attention particulière » s'impose « compte tenu des nombreux effets indésirables observés » (ANSES, 2023).

Pourquoi la cause est débattue

Des experts qui examinent des cas comparables concluent différemment. Un hépatologue qui a réévalué 69 cas suspects avec un outil propre aux atteintes du foie a jugé la causalité exclue, improbable, sans rapport ou impossible à évaluer dans 68 d'entre eux (données manquantes, autres maladies du foie, médicaments associés, produits non identifiés) (Teschke et coll., 2009). Un comité de l'US Pharmacopeial Convention, avec une échelle non spécifique du foie, a au contraire jugé « possibles » (aucun probable ni certain) les 30 rapports non redondants qu'il examinait, et recommandé un avertissement sur l'étiquette (Mahady et coll., 2008). Ni l'une ni l'autre analyse ne peut prouver ou écarter une réaction rare et imprévisible.

Les essais ne tranchent pas non plus. LiverTox ne relève aucune atteinte hépatique cliniquement apparente chez plus de 1 200 participants, et une méta-analyse de cinq essais (1 117 femmes) sur un seul extrait n'a montré aucune variation significative des enzymes hépatiques moyennes (ASAT, ALAT) (Naser et coll., 2011), mais son premier auteur est lié au fabricant de l'extrait, et des essais de cette taille peuvent passer à côté d'une réaction rare. LiverTox conclut entre les deux : note « A » (les produits vendus comme actée à grappes noires sont des causes bien établies d'atteinte hépatique, sans que l'ingrédient responsable soit identifié), tout en jugeant que la plante ne paraît pas intrinsèquement hépatotoxique.

Le facteur de confusion : des produits mal identifiés

« Actée à grappes noires » sur une étiquette n'a pas toujours désigné de l'actée à grappes noires. Sur six signalements d'atteinte hépatique grave reçus par Santé Canada entre 2005 et 2009, les produits de quatre se sont révélés ne pas contenir de véritable actée (deux d'après les laboratoires de l'agence, dont les profils chimiques étaient compatibles avec des espèces apparentées, et deux d'après les analyses des fabricants) ; les deux autres n'étaient pas autorisés à la vente, et l'on ne dispose d'aucune donnée sur leur authenticité. Santé Canada écrit que ces cas montrent que des produits ne contenant pas de véritable actée peuvent être associés à des effets indésirables hépatiques. L'agence ne nomme pas l'espèce de remplacement, ne dit pas qu'elle est nocive, et rappelle qu'un lien de causalité certain ne peut souvent pas être établi (Santé Canada, 2010).

Une plaque de chromatographie sur couche mince qui brille en bleu et en turquoise sous lumière ultraviolette sur une paillasse, à côté d'une coupelle de racine séchée hachée et d'une main gantée tenant un capillaire en verre : le type d'analyse chimique utilisé pour confirmer l'identité d'une plante

Des analyses de produits achetés sur internet ou aux États-Unis concordent : quatre produits sur 11 contenaient des espèces asiatiques d'Actaea à la place de l'actée ou en mélange (Jiang et coll., 2006) ; sept compléments sur 19 achetés auprès de distributeurs américains étaient faussement étiquetés ou frelatés, contre aucun des six médicaments européens sans ordonnance testés (cinq allemands, un suisse) (Masada-Atsumi et coll., 2014) ; 33 échantillons sur 60 étaient de qualité douteuse en 2022 (Frommenwiler et coll., 2022). Ce sont de petits échantillons de convenance, pas des taux de marché, et nous n'avons trouvé aucune étude d'authenticité portant sur des produits vendus en France.

Ces produits expliquent-ils des cas hépatiques ? On l'ignore : le NCCIH parle d'une possibilité non démontrée, et l'évaluation de l'EMA relève que l'absence d'information sur la qualité des produits en cause limite fortement l'interprétation des cas rapportés. Certaines fiches francophones affirment que les cas étaient plutôt dus à des contaminants ; c'est plausible pour certains produits, mais les textes de l'EMA et de l'ANSES cités ici ne l'adoptent pas, et des cas ont été déclarés avec des comprimés dont l'extrait déclaré correspond à la monographie.

Ce que cela change en pratique

Aucun des deux récits simples ne tient : les données ne montrent pas que l'actée authentique abîme le foie de manière établie, ni que des produits mal identifiés expliquent les cas. Elles justifient la prudence :

  • Arrêtez et demandez un avis médical en cas de signes d'atteinte hépatique. Le RCP du médicament autorisé en France cite la fatigue, la perte d'appétit, le jaunissement de la peau et des yeux, les douleurs abdominales aiguës avec nausées ou vomissements, et les urines foncées.
  • En cas d'antécédents de maladie du foie, ne commencez pas sans avis médical. Le RCP demande de la prudence et des tests de la fonction hépatique, et l'ANSES propose de contre-indiquer les compléments à l'actée dans cette situation.
  • L'identité du produit compte, comme on le verra plus bas.

L'actée à grappes noires réduit-elle vraiment les bouffées de chaleur ?

Ce que dit la revue Cochrane

La revue Cochrane de 2012 (Leach et Moore) regroupe 16 essais randomisés sur de l'actée seule (2 027 femmes ; 40 mg par jour en médiane ; environ 23 semaines en moyenne). Pour la fréquence des bouffées de chaleur, seuls trois essais (393 femmes) ont pu être regroupés : 0,07 bouffée de plus par jour avec l'actée qu'avec le placebo (intervalle de confiance à 95 % de 0,43 en moins à 0,56 en plus), avec une qualité de preuve jugée modérée. Les scores globaux de symptômes (quatre essais) ne diffèrent pas non plus significativement, et la dissimulation de l'allocation n'est décrite que dans un essai sur seize. Les auteurs concluent que les preuves sont insuffisantes pour soutenir l'usage de l'actée contre les symptômes de la ménopause, sans qu'on puisse non plus s'y opposer (Leach et Moore, 2012). La revue n'a pas été actualisée. Nous n'avons pas trouvé de traduction française de son résumé sur cochrane.org : ce passage est notre traduction de la version anglaise.

Ce que disent les recommandations françaises

Les recommandations du CNGOF et du GEMVi sur les femmes ménopausées (2021) énoncent que les études contre placebo ne montrent aucune différence significative sur la fréquence et la sévérité des bouffées vasomotrices pour le trèfle rouge, l'actée à grappe noire (ou cimicifuga racemosa) et les herbes médicinales chinoises (niveau de preuve 2), et que les données ne permettent pas de recommander les extraits de phytœstrogènes pour ces symptômes (grade B). Ce texte parle de « bouffées vasomotrices » plutôt que de « bouffées de chaleur », et de THM plutôt que de THS (CNGOF et GEMVi, 2021).

Les analyses plus récentes, et le chiffre de « 26 % »

La méta-analyse de 2023 que cite le NCCIH (22 articles, 2 310 femmes) trouve une amélioration des bouffées de chaleur par rapport au placebo (effet standardisé de 0,32 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,11 à 0,52) et des symptômes globaux, mais sans amélioration significative de l'anxiété ni des symptômes dépressifs. Elle incluait des associations avec d'autres ingrédients, et ses unités ne se convertissent pas en « bouffées par jour » (Sadahiro et coll., 2023). L'IQWiG allemand (2025), qui n'a retenu que des essais d'extraits conformes aux autorisations allemandes, trouve, en regroupant deux essais, un avantage sur les symptômes vasomoteurs (certitude modérée). Mais ce résultat repose sur des questionnaires (domaine vasomoteur d'un questionnaire de qualité de vie, un item de l'indice de Kupperman) et non sur un décompte des bouffées, et il n'est pas significatif dans l'essai de six mois chez des femmes ménopausées, pris seul (IQWiG, 2025). Une revue de 2026 préparée pour l'International Menopause Society juge modérée la certitude des preuves en faveur de l'actée à grappes noires sur les symptômes vasomoteurs et ménopausiques, mais limitées les preuves d'ensemble sur les thérapies complémentaires (Maunder et coll., 2026).

Le chiffre de « 26 % », cité surtout dans des sources anglophones, vient d'une méta-analyse de 2010 dont la recherche s'arrêtait en 2008 : les préparations contenant de l'actée amélioraient les symptômes de 26 % (intervalle de confiance à 95 % de 11 à 40 %), avec une hétérogénéité statistiquement significative (Shams et coll., 2010). Selon l'évaluation du Centre for Reviews and Dissemination de l'université d'York, il s'agit d'une différence de proportion de femmes améliorées, plus de la moitié des essais portaient sur des associations, et les deux essais sur l'actée seule donnaient 11 % (intervalle de confiance à 95 % de 1 à 20 %) (évaluation du CRD). Ce n'est donc pas une « baisse de 26 % des bouffées de chaleur ».

Pourquoi des évaluations crédibles divergent

Une balance ancienne en laiton aux plateaux à l'équilibre, avec des tranches de racine séchée d'actée à grappes noires d'un côté et une pile de feuilles blanches de l'autre, devant une tige fleurie d'actée à grappes noires dans un bocal en verre

  • Elles ne posent pas la même question. Cochrane, le CNGOF et The Menopause Society (États-Unis, 2023, qui ne recommande pas l'actée) cherchent un bénéfice mesuré contre placebo. L'« usage médical bien établi » de l'EMA repose sur des données bibliographiques couvrant au moins dix ans d'usage dans l'Union européenne. Son résumé public estime qu'une vingtaine d'études (plus de 6 000 patientes) indiquent, prises ensemble, une amélioration des symptômes (EMA, résumé public), alors que son rapport d'évaluation écrit qu'aucune étude de haute qualité n'a montré de résultats significatifs, en particulier sur les bouffées de chaleur, et retient l'ancienneté de l'usage et le niveau des ventes comme indicateurs d'efficacité dans le cadre d'un usage bien établi (EMA, rapport d'évaluation). La monographie a été adoptée par 20 voix sur 25, cinq membres exprimant une position divergente, dont la Finlande et les Pays-Bas (rapport bénéfice/risque jugé négatif) (avis de l'EMA). Un réexamen achevé en novembre 2025 n'a pas conduit à la réviser.
  • Elles ne portent pas sur les mêmes produits. Cochrane n'incluait que des produits à plante unique, aux extraits variés, l'analyse de 2023 incluait aussi des associations, et l'EMA ne couvre que trois extraits secs nommés. Le résultat d'un extrait ne se transpose pas à un autre.
  • Elles ne mesurent pas les mêmes choses. Le nombre de bouffées, les échelles composites (indice de Kupperman, Menopause Rating Scale) et la qualité de vie n'évoluent pas ensemble.
  • L'effet placebo est important, et le financement n'est pas neutre. Le CNGOF et le GEMVi estiment qu'il réduit en moyenne de 25 à 58 % la fréquence des bouffées vasomotrices. Dans un essai américain de 12 mois financé sur fonds publics, les symptômes vasomoteurs ont baissé de 34 % avec l'actée, 57 % avec le trèfle rouge, 63 % avec le placebo et 94 % avec un traitement hormonal, et seul ce dernier se distinguait du placebo (Geller et coll., 2009). Certaines des analyses les plus favorables à des extraits précis sont signées d'auteurs liés au fabricant (Castelo-Branco et coll., 2021), tandis que les essais américains financés sur fonds publics n'ont pas montré de bénéfice par rapport au placebo (Newton et coll., 2006 ; Geller et coll., 2009). Cela ne rend pas les premières fausses, mais aide à les peser.
  • Certaines fiches reprennent des formules absentes des textes d'origine. La fiche Vidal (mise à jour affichée : 1er août 2012, lue via une archive de juin 2026) écrit que l'OMS juge l'usage « cliniquement prouvé » et que l'EMA recommande trois mois au plus pour des « troubles mineurs » (Vidal). La monographie de l'OMS classe les symptômes climatériques parmi les « usages étayés par des données cliniques », précise que ses descriptions ne valent pas approbation officielle et n'emploie « clinically proven » que dans le titre d'une référence (OMS, 2002). L'EMA, elle, parle de soulager les bouffées de chaleur et les sueurs abondantes, sans « mineurs », avec une limite de six mois sans avis médical (monographie de l'EMA).

Actée à grappes noires ou traitement hormonal (THM, souvent appelé THS) ?

Le traitement hormonal de la ménopause reste la référence : le CNGOF et le GEMVi recommandent d'en proposer un en première intention pour corriger les bouffées vasomotrices, selon leur intensité et leur fréquence et en l'absence de contre-indication (grade A), et notent que les alternatives non hormonales sont en général moins efficaces, la différence avec le placebo étant qualifiée de faible (de l'ordre de 10 à 40 % selon les molécules et les doses) (CNGOF et GEMVi, 2021). Une revue Cochrane de 24 essais du traitement hormonal oral a trouvé une réduction de 75 % de la fréquence hebdomadaire des bouffées par rapport au placebo (intervalle de confiance à 95 % de 64 % à 82 %), alors que dans les groupes placebo la fréquence baissait déjà d'environ 58 % par rapport au départ (MacLennan et coll., 2004). Dans l'essai américain qui testait les deux (351 femmes), le traitement hormonal réduisait les symptômes vasomoteurs d'environ quatre par jour par rapport au placebo, contre moins d'un, non significatif, pour l'actée (Newton et coll., 2006).

L'actée n'équivaut donc pas au THM, et la monographie européenne comme le RCP français indiquent qu'on ne l'associe pas à des œstrogènes sauf avis médical. Pour les femmes qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas prendre de traitement hormonal, le CNGOF et le GEMVi citent, avec un grade B, des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (et de la noradrénaline), la clonidine, la gabapentine, la génistéine, le yoga et l'hypnose, à discuter avec un médecin. Notre guide des traitements de la périménopause les détaille.

Qui devrait être prudent ou éviter l'actée à grappes noires

  • Une maladie du foie, présente ou passée. Avis médical avant toute prise.
  • La grossesse et l'allaitement. La monographie européenne ne recommande pas l'usage, faute de données de sécurité ; l'ANSES propose, pour les compléments, de l'éviter aussi avant 18 ans.
  • Un cancer du sein ou une autre affection hormonodépendante, passés ou en cours. La monographie européenne demande un avis médical préalable, et l'ANSES propose de contre-indiquer les compléments à l'actée en cas de cancer hormonodépendant. Le CNGOF et le GEMVi recommandent de ne pas utiliser les phytœstrogènes contre les bouffées vasomotrices chez les femmes suivies pour un cancer du sein (grade A), et leur texte range l'actée dans cette partie. Le NCCIH dit qu'on ne sait pas si l'actée est sûre dans ces situations, et la Fondation contre le Cancer rappelle qu'aucune preuve n'établit qu'elle prévienne une récidive. Des pages commerciales la présentent pourtant comme un traitement du cancer du sein : aucune source de santé que nous avons lue ne l'étaye.
  • Un traitement par œstrogènes. Pas d'association sans avis médical.
  • D'autres médicaments. L'ANSES recommande de surveiller les interactions avec les traitements hormonaux œstro-progestatifs et les anti-œstrogènes comme le tamoxifène, et l'évaluation de l'EMA relève une faible inhibition du CYP2D6, une enzyme qui transforme le tamoxifène et d'autres médicaments, un effet dont l'EMA estime qu'il n'est peut-être pas cliniquement pertinent. Signalez-la à votre médecin ou à votre pharmacien.

Médicament ou complément alimentaire : ce qui change en France

Ce qui suit est une information générale, pas une recommandation d'achat ni un guide de posologie.

Ce que prévoit la réglementation

Un médicament. La base publique des médicaments (consultée le 30 septembre 2026 ; elle recense les médicaments commercialisés ces trois dernières années) ne contient qu'un seul médicament non homéopathique à base d'extrait d'actée à grappes : Mensifem (autorisation du 7 novembre 2017, sans ordonnance, non remboursé). Il contient 2,8 mg d'extrait sec de rhizome (éthanol à 58 % V/V), l'une des trois préparations de la monographie de l'EMA, à raison d'un comprimé matin et soir. Son RCP l'indique chez la femme adulte pour soulager les symptômes de la ménopause, tels que les bouffées de chaleur et les sueurs abondantes, pour six mois au plus sans avis médical, et sa notice demande de consulter en l'absence d'amélioration après 6 à 8 semaines (base publique des médicaments).

Un complément alimentaire. L'arrêté du 24 juin 2014 inscrit Actaea racemosa sur la liste des plantes autorisées (rhizome, racine), mais n'admet que les extraits aqueux et hydroalcooliques « de titre faible (30 %) » et limite la portion journalière à 3 mg de glycosides de triterpènes (exprimés en 27-déoxyactéine). Son article 11 interdit qu'un complément soit un « médicament par fonction » et exclut des compléments les préparations dont le comité de l'EMA a identifié un usage médical bien établi, « dans les conditions de cet usage » (arrêté du 24 juin 2014). Nous avons lu le texte d'origine, que l'ANSES reprend à l'identique en 2023 ; la version consolidée en vigueur ne nous était pas accessible.

Autrement dit, et c'est notre lecture des deux textes, non une position publiée par l'ANSM, les extraits de la monographie de l'EMA (éthanol à 58 % ou 60 %, propan-2-ol à 40 %) ne sont pas ceux que l'arrêté admet dans un complément, et l'usage bien établi reconnu à des médicaments ne se transpose pas à un complément. Les données cliniques citées plus haut viennent d'essais d'extraits variés, parfois mal décrits (le solvant n'était pas précisé dans 4 des 16 essais de la revue Cochrane). Elles ne disent rien de la poudre de racine, que l'Afssa relevait en 2007 dans la plupart des compléments du marché (30 à 300 mg par gélule), ni d'un extrait quelconque. L'Afssa recommandait alors d'éviter l'actée en complément alimentaire, faute de pouvoir caractériser les risques (Afssa, 2007). Les propositions de l'ANSES de 2023 sont des avis d'expertise, pas un texte réglementaire, et nous n'avons pas vérifié si l'arrêté a changé depuis.

Comment choisir un produit qui contient bien de l'actée à grappes noires

  • Médicament ou complément ? Un médicament figure dans la base publique des médicaments ; un complément alimentaire n'y figure pas.
  • Vérifiez la plante. L'étiquette devrait indiquer Actaea racemosa (ou Cimicifuga racemosa) et la partie utilisée, racine ou rhizome. Des espèces asiatiques d'Actaea comme A. dahurica sont les substituts les plus souvent signalés dans les produits mal étiquetés.
  • Préférez une plante unique si vous voulez savoir ce que vous prenez : les données de Cochrane portent sur des produits à plante unique, et un mélange empêche de savoir quel ingrédient a causé un bénéfice ou un effet indésirable.
  • Le type d'extrait est déterminant. L'EMA couvre trois extraits secs précis et juge les données insuffisantes pour d'autres. De la poudre de racine ou un extrait non précisé n'est pas ce que couvre la monographie de l'EMA.
  • Une mention n'est pas une preuve de qualité. Le NCCIH rappelle que « standardisé », « vérifié » ou « certifié » ne garantit pas nécessairement la qualité ou la constance d'un produit (NCCIH).
  • Respectez la limite de durée. Six mois au plus sans avis médical, selon la monographie européenne et le RCP, et consultez si les symptômes persistent ou s'aggravent.

Questions fréquentes (FAQ)

L'actée à grappes noires est-elle dangereuse pour le foie ? Elle est en général bien tolérée dans les essais, mais des atteintes hépatiques, parfois graves, ont été signalées chez des personnes prenant des produits vendus comme de l'actée à grappes noires. Le NCCIH les juge rares et dit qu'on ignore si la plante en était responsable (NCCIH). Arrêtez la prise et demandez un avis médical en cas de fatigue, de perte d'appétit, de jaunissement de la peau ou des yeux, de douleurs sévères en haut du ventre avec nausées et vomissements, ou d'urines foncées. Avec une maladie du foie, demandez d'abord l'avis d'un médecin.

L'actée à grappes noires réduit-elle vraiment les bouffées de chaleur ? Les avis divergent. La revue Cochrane de 2012 ne trouve pas de différence significative avec le placebo sur la fréquence des bouffées de chaleur (Leach et Moore, 2012), et le CNGOF et le GEMVi font le même constat en 2021 (CNGOF et GEMVi, 2021). Une méta-analyse de 2023, qui incluait des produits associant plusieurs ingrédients, trouve une amélioration (Sadahiro et coll., 2023). L'ampleur d'un éventuel bénéfice reste incertaine, et les essais ne permettent pas de prédire si elle vous soulagerait.

Peut-on associer l'actée à grappes noires à un traitement hormonal de la ménopause (THM) ? La monographie européenne et le résumé des caractéristiques du produit du médicament autorisé en France indiquent qu'elle ne doit pas être utilisée avec des œstrogènes, sauf avis médical (monographie de l'EMA). Si vous suivez un THM ou envisagez d'en commencer un, parlez de l'actée à grappes noires avec le médecin ou le pharmacien qui vous suit avant d'en prendre.

Pourquoi les études sur l'actée à grappes noires se contredisent-elles ? Elles diffèrent par l'extrait testé, par le fait que le produit contienne une seule plante ou un mélange, par ce qu'elles mesurent, par leur qualité et par leur financement. L'effet placebo est aussi important : le CNGOF et le GEMVi estiment qu'il réduit en moyenne de 25 à 58 % la fréquence des bouffées vasomotrices dans les essais (CNGOF et GEMVi, 2021).

Qui devrait éviter l'actée à grappes noires ? La monographie européenne demande la prudence en cas d'antécédents de maladie du foie, ne recommande pas l'usage pendant la grossesse et l'allaitement, et demande un avis médical préalable en cas de cancer du sein ou d'une autre tumeur hormonodépendante, ou avec des œstrogènes (monographie de l'EMA). Pour les compléments alimentaires, l'ANSES a proposé une contre-indication en cas de maladie du foie ou des voies biliaires et de cancer hormonodépendant (ANSES, 2023).

L'actée à grappes noires est-elle reconnue par les autorités de santé ? En partie. L'EMA reconnaît un usage médical bien établi pour trois extraits précis, dans des médicaments, et un médicament de ce type est autorisé en France depuis 2017. L'OMS classe l'usage parmi ceux étayés par des données cliniques, sans l'approuver officiellement, et le CNGOF, qui traite l'actée parmi les phytœstrogènes, ne recommande pas les extraits de phytœstrogènes contre les bouffées vasomotrices. Les compléments alimentaires relèvent d'un autre cadre, sur lequel l'ANSES appelle à la prudence.

Quelle est la différence entre l'actée à grappes noires et l'ashwagandha pour la ménopause ? Ce sont deux plantes différentes, avec des preuves différentes. L'actée à grappes noires a une longue histoire de recherche sur les bouffées de chaleur, mais ses essais se contredisent et son mode d'action n'est pas établi. Notre guide sur l'ashwagandha pour la ménopause juge les données de cette plante plus récentes et plus restreintes, avec deux essais.

Combien de temps faut-il pour que l'actée à grappes noires agisse ? Les essais de la revue Cochrane duraient en moyenne environ 23 semaines (Leach et Moore, 2012). La monographie européenne ne donne pas de délai d'action. La notice du médicament autorisé en France demande de consulter un médecin si l'on ne ressent aucune amélioration après 6 à 8 semaines, et de ne pas dépasser six mois sans avis médical.

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Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé qualifié avant de modifier votre traitement.

Sources

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  10. ANSES. Avis relatif à l'évaluation de la pertinence de l'application des avertissements et recommandations exprimés dans les monographies de plantes médicinales de l'EMA aux compléments alimentaires contenant ces mêmes plantes (saisine 2019-SA-0155), 19 avril 2023 (section Actaea racemosa, p. 60-63). https://www.anses.fr/en/system/files/NUT2019SA0155.pdf
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Sources consultées le 30 septembre 2026. Les passages tirés de textes anglophones ou allemands sont traduits par nos soins.

Emily Johnson

Emily Johnson, MSc, RH (AHG)

Herboriste agréée (AHG)

Une herboriste agréée qui lit ce que les autorités ont réellement écrit sur une plante, et pas seulement la façon dont on la vend.